L'évolution de l'implantologie :
vers des derives dangereuses ?

Les prévisions à court terme de l’accroissement de ce marché font naturellement briller les yeux d’un certain nombre des acteurs du secteur. Au premier rang desquels, le leader mondial Nobel Biocare qui, depuis une dizaine d’années, a développé une offensive marketing particulièrement agressive tant envers les patients que les praticiens.

En direction des patients, réels et potentiels, c’est la promesse d’un sourire clefs en mains, c’est l’assimilation de la pose d’implants à un acte banal et courant, c’est l’édulcoration de tous les éléments qui évoquent qu’il s’agit tout de même d’un acte chirurgical important. C’est, par exemple, le produit « Immediate Function™ (mise en fonction immédiate) »,présenté comme un « concept unique [qui] permet désormais aux patients de quitter le cabinet dentaire avec de nouvelles dents, immédiatement après la pose des implants – prêts à manger, à boire et à sourire. » in www.nobelbiocare.com/global/fr

En direction des dentistes, c’est la promesse de profits immédiats et pérennes et la garantie d’une formation accélérée avec un retour sur investissement spectaculaire. L’argument a le mérite de la simplicité : « Rejoignez le programme NobelSmile™ et intéressez des patients auxquels vous ne songiez pas. Il suffit de cliquer les liens ci-dessous pour découvrir de nouvelles opportunités d'accroître les revenus de votre cabinet. » in www.nobelbiocare.com/global/fr/NobelSmileCampaign.

Au-delà de cette politique de communication agressive, c’est aussi une nouvelle conception de la mise sur le marché des nouveaux produits qui est véritablement inquiétant. A titre d’exemple, Nobel Biocare a annoncé fièrement, par communiqué de presse, la commercialisation en 2005 de 560 nouveaux produits. Soit la bagatelle de deux nouveaux produits par jour ouvrable et presque autant que dans les 10 dernières années !

Cette annonce a causé un certain émoi parmi les professionnels, notamment en France, plus habitués à ce que la commercialisation d’une nouvelle gamme d’implants soit le fruit de longues années de recherches et de tests drastiques. C’est ainsi que X. Assémat-Tessandier, rédacteur en chef de la revue « Implant », dans son éditorial du numéro d’Août 2005, constatait que« pour un néophyte, la performance est impressionnante, pour un praticien averti, elle est inquiétante. ».

Le Groupement d’Etudes et d’Applications de l’Ostéo-Intégration (G.E.A.O) présidé par P. Michelon rappelle, quant à lui, dans sa communication que « trop de systèmes, apparemment géniaux ou novateurs, sont ou ont été commercialisés sans recul clinique suffisant et s'avèrent au bout de quelques années peu fiables et même parfois catastrophiques. Contrairement à ce que voudraient faire croire les commerciaux qui nous démarchent à longueur de journée, l'implantologie dentaire n'est pas facile et sans danger. S'il est possible de refaire une prothèse incorrecte ou de reprendre le traitement d'une dent, il est impossible de redresser l'axe d'un implant mal placé ou de réparer un nerf lésé. »

De manière générale, les professionnels sérieux (experts, dentistes, chercheurs,…) s’accordent à considérer qu’une bonne implantologie, respectueuse des patients et garante des meilleurs résultats, une implantologie qui ne joue pas avec la santé des patients, repose sur des fondements clairs :

- L’utilisation de composants et de techniques fiables et éprouvés. « Nos patients ne sont pas des sujets d'expérimentation, nous devons les traiter de façon fiable et prédictible. » in www.geaoi.com/pro

- L’intégration de l'implantologie dentaire dans un plan de traitement détaillé: la mise en place d'implants n'est qu'une partie du traitement qui doit aboutir au remplacement harmonieux de la ou des dents absentes.

- Le respect de protocoles "step by step": la seule solution pour limiter le risque d'erreurs est de standardiser les procédures cliniques et de ne passer à la suivante qu'après validation de l'étape en cours.

- L’utilisation des acquis de la dentisterie conventionnelle: l'occlusion, l'esthétique, la phonétique ainsi que la position et la forme des dents prothétiques ont été étudiées depuis des siècles; l'intégration et le respect de ces connaissances est indispensable à un bon résultat final.

Autrement dit, un respect élémentaire des règles de l’art, tel qu’on est en droit de l’exiger de tout professionnel sérieux, quel que soit le domaine d’ailleurs mais qui est encore plus crucial dès qu’il s’agit de la santé.

Un respect qui ne pèse pourtant pas bien lourd face aux objectifs de profits de certains et qui impose qu’on tire le signal d’alarme.

« Dans les cinq dernières années, la situation s'est rapidement dégradée avec la présentation de nouveaux produits sans support scientifique à moyen terme, une simple étude animale à six mois ou une étude clinique prospective à un an apportant le vernis scientifique suffisant pour faire passer l'innovation comme un acquis définitif éprouvé et contr™lé. Le nombre croissant de nouveautés ne permet pas de faire le tri entre un gadget inutile, voire néfaste et un développement prometteur. »
Xavier Assémat-Tessandier, revue « Implant », numéro d’Août 2005.
 

Acquisition de bases solides, utilisation de composants fiables, respect de protocoles stricts, expérience, tous ces principes de base sont bafoués. L’exemple des pratiques du leader mondial, Nobel Biocare, en est l’illustration parfaite.